Ma pratique commence par le toucher. Je travaille avec des instruments physiquement réactifs, riches sur le plan sonore et conçus pour l’immédiateté. Qu’il s’agisse de la glissade tactile d’un contrôleur à ruban ou du dialogue gestuel offert par les instruments Buchla, je communique à travers des outils qui engagent le corps et permettent un contrôle nuancé des palettes sonores et de l’articulation expressive. Ce sont des instruments que je côtoie depuis des années, développant une forme de fluidité à travers la répétition et l’intuition. Les limites propres à chaque système me permettent d’approfondir ma pratique plutôt que de courir après des possibilités infinies.
J’aborde la performance comme une construction en direct. J’arrive avec une boîte à outils : un fragment de mélodie, une cellule rythmique, des enregistrements de terrain préparés ou simplement l’instrument lui-même. Chaque pièce se déploie dans l’improvisation, façonnée par la voix intérieure des instruments, la sensibilité à l’écoute des collaborateur·trice·s interdisciplinaires et la tension chargée du fait de performer en proximité avec le public. Je suis attiré par le renversement des attentes : créer une tension émotionnelle et une intimité, perturber le rôle traditionnel du spectateur et façonner des moments suspendus entre illusion sonore et rituel.
Certains instruments sont devenus centraux dans cette approche. Ce qui continue de m’attirer vers les instruments Buchla, c’est leur voix unique : une richesse timbrale, une réponse tactile et une sensibilité profonde aux nuances du geste. Ma connexion aux ondes Martenot a commencé par une recherche sur les premiers instruments électroniques et s’est approfondie à mesure que j’en explorais la capacité expressive et l’immédiateté émotionnelle. Ce parcours m’a éventuellement mené à Tiohtià:ke/Montréal, une ville marquée par une tradition électroacoustique vibrante et une communauté rare d’ondistes, de compositeur·trice·s et de collaborateur·trice·s.
Je m’intéresse à la manière dont le son façonne la présence. Mon travail cherche des conditions où l’attention, la sensation et le son s’accordent, laissant émerger une expérience à la fois physique et intérieure.
Fils conceptuels
Mon travail est traversé par des interrogations récurrentes sur le rituel et la proximité avec le public, la filiation et la transmission queer, les relations entre colons et peuples autochtones, ainsi que la tension entre savoir incarné et autorité institutionnelle.
Je m’intéresse à la préhistoire, au folklore, à l’érotisme et à l’occultisme comme manières de réfléchir à la continuité et à la disparition. Je cherche à comprendre comment la performance peut évoquer et questionner la nature ainsi que notre relation complexe avec elle.
La figure du narrateur peu fiable, le silence et l’effacement des frontières entre interprète et public reviennent de façon récurrente dans mon travail, aux côtés de questions liées au rituel, à l’intimité et à l’expérience physique collective.